Vendredi 14 août 2009

Communauté : Les nouveaux écorchés vifs

A l'étage de la maison ,  devant la fenêtre grande ouverte de la chambre inondée  lumière ,  les champs de blé s'étalent à perte de vue .  Cet océan d'émeuraude m'attire irrésistiblement avec une envie d'y plonger la tête la première .  Toutes ces sensations me font vibrer et je ne sais plus où je suis ni même qui je suis  -  peut-être rien  -  
Une détresse ,  profonde ,  s'empare de moi .  Je me laisse tomber sur le lit .  Muette .  Figée .  Les yeux fermés comme ceux d'une poupée de chiffon qu'on aurait cassée .  Angoisse du massacre ,  massacre dans lequel je baigne en eaux profondes ,  qui m'étouffe ,  et dont je ne peux me dépêtrer .  Ravaler les larmes qui coulent seules .  Rien n'y peut .  Haïr et cracher .  Violence pour survivre .  Rien d'autre n'est permis .  L'impasse et l'impuissance avalent les non-dits .  Les mots encore non-dits .  Les mots inexistants .  Ils apprennent le langage à long souffle de la fuite .  Dissimulation profonde .  Comment faire pour calmer la respiration tremblante ,  ne pas me heurter aux murs ,  je regarde en face et recule ,  face au mur que je fuis ,  le seul que je vois ,  et me cogner au mur derrière moi qui me repousse ,  je suis prise au piège ,  la pièce se rétrécit ,  le blanc tangue ,  la sueur m'inonde ,  les araignées restent accrochées à leur fil ,  pétrifiées ,  mais savoir rester en vie ,  continuer de vivre malgré tout ,  combat devenu silencieux .  La déchirure reste là dans le souffle.  Ma peau éclate .  Questions .  Questions .  Questions .    Demandent réponse .  Nulle réponse hurle le monde .  Monde inachevé ,  dévasté .  Ne pouvoir se défendre et attendre la sentance .  La cassure du corps annonce la chute .  Le muscle fond ,  se désagrège ,  le coeur cogne en violence .  Dans le cri la douleur appelle et se rappelle .  Les cris au-dessus de moi ,  les mots durs ,  les injures qui blessent et qui tuent .  Les menaces aussi .  Une persécution à laquelle je collabore .  Un long cri rauque s'échappe de ma bouche et je plaque mes mains contre les oreilles pour ne plus rien entendre .  Les mots sont jetés, crachés ,  usés ,  détruits ,  je suis perdue .  Ma vie bascule à l'horizontale .  Le plafond de la pièce s'abat sur moi ,  mon corps écrase ce qui reste du lit ,  j'étouffe le cri qui rugit de ma gorge .
Et .  La chatte noire dort paisiblement ,  en boule  sur le fauteuil .  La tête sur l'arrière-train .  Il y a sur le bureau un bouquet de mimosa .  On entend seulement le tic-tac du balancier de la pendule posée sur le piano .  Il y a aussi accroché au mur ce tableau qui rappelle le temps où je faisais du cheval ,  à mes côtés l'ami disparu .  
Maintenant dans l'allée du jardin les feuilles mortes jonchent le sol .
 
Et il y a aussi sur la terrasse un canapé vide qui n'attend personne .




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