Vendredi 26 juin 2009
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18:47
L'oeil ouvert sur les nuages . Sur la campagne . Moment sans rature qui calme le coeur .
Dès le mois d'avril les asperges pointent dans le champ . Le ramassage s'étale sur presque trois mois . Au début il se fait tous les deux jours, puis la chaleur arrivant je me dois d'y aller
tous les jours, soit le matin, soit l'après-midi .
Un arrachement à la quotidienneté .
L'Homme est absent , Toi aussi .
Je ne laisse pas pousser l'asperge, dès lors que la tête apparaît j'enfonce avec précaution la gouge dans la butte de terre, le plus profond possible le long de l'asperge et lorsque je sens la
racine, d'un petit mouvement sec je fais levier tandis que l'autre main remonte doucement l'asperge que je pose délicatement pour ne pas la casser dans le cageot en plastique muni d'une anse .
Moment que je sens exister . Peut-être une liberté concevable, un droit égal à l'existence . Entre le soleil et moi, une complicité .
Je fais attention dans cette cueillette à ne pas abîmer les autres asperges poussant tout près, invisibles encore à l'oeil . Puis je recouvre doucement de terre le trou fait dans la butte .
Une caresse .
Quelques moucherons accompagnent le geste .
L'asperge blanche est plus fragile que la verte mais la vente est plus bénéfique .
J'aime ces moments où je me retrouve avec moi-même . La nature comme un miroir sans que je ne m'y vois . Insouciante je perds l'heure . Ces moment m'étonnent . En m'étonnant je revis et je m'estime
.
Seules quelques voitures sur la route . Je chante .
Au bout du champ heureusement un grand arbre . Ses longues branches feuillues protègent de leur ombre le landeau du bébé qui dort paisiblement . Pour tout vêtement : une couche .
Le soleil tape sur mon corps inondé de sueur .
Dans un coin du landeau le biberon de seize heures attend . Comme le bébé . Mon regard se dirige souvent vers lui, une tendresse sans nom, un rossignol gazouille tout près .
Plus tard, les cageots bien remplis, nous rentrons à la maison . Les chats font la fête . Je recouvre le tout de toiles de jute imbibée d'eau pour conserver les asperges au frais la nuit . Le
lendemain je les laverai dans la cour, les calibrerai à la longueur voulue avec le grand couteau bien aiguisé .
Le couteau . Une impression de vertige m'envahit . Délivrance du piétinement . Une sensation quand il n'y a plus rien à sentir .
Je pèserai les cagettes sur la balance = cinq kilogrammes . Puis les recouvrir d'un plastique transparent avant d'aller les livrer à la coopérative .
M'organiser devient le quotidien entre le travail, les enfants, l'Homme et Toi .
Au milieu de la petite cour derrière la maison, le grand figuier .
Je n'ai jamais aimé les figues .
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