Mardi 11 mars 2008
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18:54
PREFACE
Une vieille femme pousse fiévreusement le landeau vide poussiéreux. Un oeil la regarde dans le ciel. Elle ne le voit pas. Le noir
l'enveloppe. Elle songe sa vie dans les ténèbres. La vitesse du vent repousse, ralentit l'allure. Le frisson l'enveloppe et elle ne sent pas la douceur des yeux qui guettent : Deux étoiles dans le
ciel.
Dans le vide du temps car le temps s'est arrêté. Il n'y a plus de temps. L'espace est figé. Seule l'ombre des nuages dans la nuit la poursuit, sa tête tambourine, comme toujours. La nuit file. Dans
le vertige la vieille femme tombe. Nulle part devient son lendemain qu'elle ignore. La voix au creux de l'oreille murmure ce qu'elle n'entend pas, ce qu'elle ne peut plus entendre. Elle rampe à
terre, péniblement se relève. Et elle marche, continue de marcher, toujours, luttant contre le vent de cette nuit. Mais ses pas l'entraînent à reculons et la poussette bascule. Elle n'a qu'une
musique au fond du coeur meurtri . L'aube. Y a-t-il une aube au bout du chemin ?Quelqu'un le sait, mais pas elle. Corps. Elle n'a plus de corps. La haine seule forme un halo lumineux autour de son
corps transparent. Corps vide. Comme la poussette. Il n'y a plus de corps. Et il n'y avait pas de poussette. Les yeux fermés, seuls, absents, chaque nuit la vieille femme faisait le même
trajet...La tête ballotante l'ombre derrière elle pousse son fantôme. Elle est le fantôme. Elle ne croise personne car personne n'existe. La rue était un mensonge, la rue n'existait pas. Tout était
faux. Même la poussette vide. Alors les oiseaux se sont réveillés, avant tout le monde. Alors l'aube s'est levée au bout du très long chemin.
Alors la rue fut déserte. Il n'y avait personne. Rien n'avait existé dans cette rue.
La femme a quarante-huit ans. Elle est morte le douze juillet 2005.
Elle ne connaissait pas la vieille femme. Elle lui aurait parlé, si elle l'avait croisée.
L'oiseau aux ailes abimées se fracasse lourdement sur le bitume. Choc dans le néant. L'espace vide est rempli du corps inerte, qui gît misérablement. Il venait de nulle part et nulle part devenait
ailleurs, pensent les deux enfants, muets devant l'ombre à terre.
Au petit matin doré du soleil levant, le silence encore tiède se réveille. Mais l'oiseau. Ne se réveillera plus.
La femme du soldat ouvre la fenêtre et secoue ses draps. Une lumière brille. Une porte laisse sortir l'homme affairé, son cartable pend le long du bras droit. Il marche vite, son visage
impénétrable semble torturé. Le silence du jour pointant pèse lourd. Sur le trottoir les deux enfants sautillent à cloche-pied, vers l'école encore fermée. Atmosphère pesante. Ecrasante. Aucune
voiture dans cette rue étrange, aucun bruit. Sauf le pas de l'homme et les pas sautillants des deux enfants. La femme du soldat referme la fenêtre et retourne se coucher. Le temps s'est arrêté.
Quelques temps auparavant, il faisait froid dans le coeur de la femme.
Ses yeux vides n'accrochent pas la lumière pourtant puissante qui pénètre à travers le volet fermé de son ventre. La tempête fait rage au-dedans entraînant le désespoir qui la ronge depuis si
longtemps. Le cercueil de la haine va être cloué à jamais et enterré dans les profondeurs de cette terre sale. Dans sa tourmente elle divague, saoûle de cette vomissure qui s'arrête à la gorge. Où
sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Elle dégueule cette haine farouche qui la hante, qui la ronge. La mort veut emporter sur son passage ce linceul dégueulasse. La pourriture désagrège. Les eaux
troubles de sa mémoire l'emportent dans un océan noir. Ne plus savoir. Oublier, effacer cet affreux voyage inconscient qui va la conduire inévitablement à la mort certaine, organisée. Voyage qui
guide ses pas vers les profondeurs de l'enfer qui ne cherche qu'à l'engloutir.
La femme rêvait d'amour, la femme est devenue une chose, s'enfonçant des années durant dans l'abîme puant d'un amour pervers.
Plus jamais ça. La révolte gronde peu à peu, son corps se meurt, sa vie volée, son enfance brûlée, disparue, ses rêves effacés. La femme est une poupée désarticulée.
Elle fuit. Elle erre dans la forêt , hagarde, emportant avec elle tout ce qu'on ne doit pas savoir. Les arbres inquiets pleurent. Le vent hurle son cri lancinant dans la forêt tourmentée. Le
supplice mêle le sacrifice en un cri que l'on rejette. Les buissons s'accrochent à sa peau dans sa course folle, arrachant sa chair meurtrie. Elle saigne mais ne sent plus rien. La forêt est morte,
le vivant a disparu. Il y a aussi le nom de celui qui est son cauchemar. Sous les grands arbres où le soleil crève les yeux, la femme tombe.
Elle se réveille dans les draps glacés d'une chambre noire. Les murs se cognent à elle, le bureau au fond tangue, la fenêtre derrière les rideaux opaques la nargue et l'appelle. Le mal ronge. Comme
une somnambule la femme se lève en titubant et sort de la chambre, meurtrie, croisant le monde inconnu autour d'elle, chacun vivant sa part de désespoir. Personne ne peut l'aider. Tous ceux qui
l'entourent sont aussi des morts vivants. Le rouge saigne et l'indolore persiste. Couloirs blancs où la folie demeure. Le poète dans sa chambre pleure aussi. Elle l'ignore encore.
Enroulée sur elle-même la femme est la plaie figée d'une absente. Seul le piano de la salle rouge apaise les arbres du parc. L'enfant dans sa douleur hurle le manque. Le diable tape à la porte.
Personne ne veut ouvrir. Surtout pas elle. Ailleurs sont deux anges, aux ailes torturées, qui n'entendent plus la musique. Elle est cachée derrière le même arbre menaçant. Le livide réapparaît. Le
scorpion écrasé ne piquera plus. La vieille dame tricote une longue écharpe sans fin. Et les mailles défilent. Le fantôme s'évanouit lentement. La jeunesse de la femme est morte hier. Brisée par
les doigts crochus du diable qui riait violemment. Le sang coule toujours dans la rivière noire qui rugit de cascade en cascade. Tragédie du chien errant perdu. La lave brûlante du volcan emporte
la nuit sur son passage. Des tonnes de sentiments fouettent au vent les étoiles qui crèvent le ciel.
On veut sauver la femme du lit glacé de son corps vide, du silence du temps qui s'est arrêté. Le vide dans ses yeux fixes noyés de larmes noires, de désespoir.
Réveils douloureux qui doivent poursuivre les mêmes voyages tous les matins sombres vers la protection recherchée qu'elle ne trouve pas. Hagarde, rasant les longs murs blancs de ces corridors sans
fin, sanglots étouffés dans sa gorge muette, se cachant derrière ses longs cheveux pour que l'on ignore son visage blême. Corps tremblant épuisé s'écroulant sur la dernière marche froide, collée au
mur, espérant son invisible. Et la folie s'empare du corps recroquevillé, en convulsions saccadées. Longtemps.
Parfois une voix lui parle. Elle ne répond pas. La voix s'en va.
Parfois une main sur son épaule. Elle ne la sent pas. Et la main repart.
Parfois rien. Elle préfère.
Le vide la transperce, le néant l'emporte. La femme remonte dans la chambre. Corps froid, yeux blancs de vide, elle referme violemment les rideaux opaques. Le dehors n'existe plus. Le dehors est
éteint et - elle se recouche dans les draps glacés de la mort, larmes de sang ravalés par la bouche sèche. La femme a quarante-huit ans. Elle est morte hier. Le douze juillet 2005.
Les cloches ont sonné.
Il y a des dates qui sont inévitables. Ineffaçables. Des dates qui font peur. Au début. Puis des dates qui font vivre.
La femme est née, quelques temps plus tard. Et les cloches ont sonné.
Une apparence. Un regard. Long. Profond. Puis une main. Une caresse. Une musique.
La femme se sauve, effrayée. Elle ouvre la fenêtre pour rafraîchir la chaleur qui l'envahit, qui brûle son ventre.
Alors elle s'étend sur le lit vide et ses mains depuis longtemps mortes remontent caresser lentement ce corps tremblant du désir si soudain. Et les images l'obsèdent. L'oreiller creusé par son
visage étouffe son hurlement.
Non loin le poète a compris et attend.
Elle lui racontera tout.
Sa main chaude dans la sienne. Doigts entremêlés. Par l'ivresse de la sensation, pure sensiblité, aux côtés de la Liberté. La Pensée.
Le soleil maintenant chauffe les fontaines qui jaillissent, refait battre le coeur mort. La nature vivante amoureuse danse. La femme apprend à naître.
Mais le diable est pire que ce que la femme pensait. La haine du diable démesurément grandissante, parvenue plus loin que l'univers, au-delà de l'univers, massacre la chair de sa chair. Par cruauté
ou vengeance. Ou les deux.
La porte n'est pas fermée à clef. La maison garde encore ses secrets enfouis dans tous les recoins. Le soleil couchant baigne légèrement la vitre cependant l'intérieur reste mort de l'absence de la
femme. Le silence crie sa douleur et deux enfants pleurent. La mère n'est plus, un ailleurs l'a emportée soigner ses ailes brisées. Elle a fui l'horreur. Que personne ne sait. Les enfants perdus
souffrent dans la pièce morte. L'amour de l'un ravagé par la haine de l'autre. Le père moribond les écrase de ses transactions pernicieuses. Spirale sans fin de la perversion inavouée. L'âme morte
respire la haine. La femme passe devant la maison mais n'entre pas. A l'intérieur le diable l'attend. Elle ne veut pas le voir et continue son chemin. Le coeur broyé, le coeur qui pleure pour les
enfants qu'elle veut sauver. L'air glacé maintenant la pénètre de toute sa sauvagerie. Son corps tremble. Dans la nuit sans étoile la campagne est muette. Au loin une sirène hurle.
Puis un jour, brutalement, l'appel au secours de la fille, meurtrie, saccagée, qui hurle le désespoir du dedans. Elle est redevenue deux ans. Sa vie bascule à l'horizontale et appelle la femme au
secours qui pense pour la première fois à tuer le diable qui a pourri tout ce qui a été autour de lui. Sa haine, dans toute sa verticale, telle un poignard. Non, sa fille ne doit pas couler. Son
corps si fragile, si épuisé, si torturé, 20 ans demain. Si douce, si belle, si révoltée, si aimante. Le ciel impur flotte au-dessus du néant. Les néons éteints. Un trait file : l'éclair. Foudroie !
La moto terrorise encore. Dans le fossé les herbes cachent l'ombre muette qui se faufile dans la transparence. Les arbres terrorisés n'osent plus bouger. Choc dans le choc. L'étoile filante
explose. La mendiante tend sa main morte, silence qui crie sa douleur. Lacère sa peau. Plaie saignante qui n'en finit plus de couler dans le ruisseau de la mort. Les pas s'accélèrent, la vitesse du
vent file à reculons. Le trou béant dans le trottoir engloutit la folie, mord jusqu'à l'os. La chair n'est plus. Les os brisés des oiseaux grêlent dans la rue et la tempête de l'horreur continue de
s'abattre et s'acharne. Le cheval à trois pattes s'est effondré. La rue sombre s'écarte. La lueur du réverbère a disparu. Il n'y a pas de lune. Les poubelles agonisent et les fleurs ne sentent
plus. Des larmes de sang coulent du visage ravagé. Tous les os craquent. Chaos dans le chaos.
La fille de la femme est tombée. La mort est-elle la seule issue possible, le sommeil de la mort qu'elle revendique ? Ses bras pendent le long du corps. La tête détachée, posée dans un ailleurs que
la femme ignore. Le tunnel au fond, interminable. Noir dans le noir. Vide dans le vide. Le gouffre l'engloutit. Longs cris funèbres sortis de la gorge de la petit fille, vomissure du désespoir. Le
petit animal gémit. Plainte au bord de la folie. Le stade est plein, la cour est vide. Et l'ombre est toujours dans le fossé, une ordure qui traîne au fond, un dépotoire. Le tunnel est long, trop
long. La musique qui joue est absente. Petite fille aux bras arrachés par la tourmente de la déchirure et de l'incompréhension. Seuls les bras de la femme pour la calmer et taire le hurlement.
L'oiseau ne doit pas l'emmener dans le ciel, non ! Le jour. Il n'y a plus de jour. La nuit mange la fille de la femme. Ses yeux fixent dans le vide la flamme de la bougie qui vacille mais ne
s'éteint. Mortelle randonnée dans la folie, de ses pas traînant, trop traînant. Le diable est arrivé à ses fins. Petite fleur frêle en perdition. La femme veille, longtemps, à son chevet. L'ange
aussi hurle sa haine et vit à reculons. Et le rire qui fuse. Le téléphone sonne et personne ne répond. Un éclair dans le brouillard. On change de trottoir. Mais le trottoir les suit toujours. Les
pavés flous tanguent, aveuglés par les larmes. Le feu brûle les larmes. La fuite hors du corps sali. Les passants automates maquillent en noir le temps glacial. Et le bébé a perdu sa poupée en
chiffons.
Et debout dans la pièce froide et vide le regard haineux de petit ange. Immobile comme une statue de pierre. Statue qui éclate en sanglots, les poings serrés à blanc. Pourquoi ce dégoût de la mère,
ce refus d'elle ? Raide dans les bras de la femme l'aimant, le serrant très fort contre son corps blessé, laissant sa bouche embrasser son visage, son cou, son nez humant ses cheveux, son odeur
d'elle, sa chair. Lui, inflexible, à la fois si proche et si lointain. Dans ses bras douloureux il n'est plus lui, son esprit affolé s'échappe, loin, très loin d'elle. Froid comme le marbre. Ce
marbre qui pourtant réchauffe le coeur de la femme, son corps qui l'a enfanté.
Les doigts de la femme s'enfoncent dans ses cheveux qui ont poussé. Sa bouche affolée parcourt ce visage tant aimé. Il reste planté là, ses bras pendant le long de son petit corps meurtri. La mère
sut plus tard qu'il s'était senti sali par elle...Cette douleur étouffée envahit la femme. L'enfer attire à nouveau. Alors pourquoi les sanglots mélangés à la haine ? Pourquoi cette terrible haine
qui plonge la femme dans une douleur sans fin ? Incompréhension. Le roc. Qui s'enfonce dans sa chair. Il la tue, à petit feu. Ce suicide de cette mère tant aimée et adorée l'aide-t-il à ce point à
vivre, à survivre ? Chêne hautain, dédaigneux, fièrement dressé dans cette forêt salie par l'horreur de l'Autre, chêne inflexible dans la tempête annoncée, dans cette tourmente qui l'étouffe, le
dégoûte, étouffant par là-même la femme, rongeant son âme meurtrie. Son enfant n'est plus. Elle attend son enfant. Elle espère le oui qui sauverait sa vie.
La femme remonte dans sa voiture et devine à peine la route, aveuglée par les larmes. Sans même s'en rendre compte, les mains crispées sur le volant, elle parle tout fort, dans ses sanglots, à son
fils :
" Qui es-tu ? Pour me détester à ce point. Ce goût amer dans ma bouche. Quand ? Quand reviendras-tu ? Tu me jettes comme un cadavre à la mer. Tu as perdu la clef, je te regarde, tu ne me vois plus.
Tu redoutais le moment où je refermerais la porte..."
Sa détresse figée. Dans la voiture froide, glacée, le soleil n'est plus. Le temps s'est à nouveau arrêté. Sanglots longs comme l'archet du violon qui grince violemment. L'oiseau pleure, ailes
figées, la pendule s'est arrêtée...Quand ? Souffrance qui torture la femme comme quand il fait très froid. Toutes ces questions qui saignent et son coeur qui pleure. Elle croyait avoir repris tant
de force... Combien de jours de deuils encore ?
"Je t'en supplie. Tes mots mortels m'assassinent, découvre-moi de ton linceul qui m'enveloppe. Ne m'assassine plus. Au creux de mon oreille tu m'avais promis...L'amour pour toujours....que tu es en
train de tuer. Je n'ai plus la main verte pour arroser ton balcon. Mais je ne peux faire que te pardonner, l'irraison t'emporte. Que vais-je devenir ? Ton sourire et tes rires m'ont abandonnée. Je
suis seule, au bord de ce chemin que je ne vois plus. Hagarde, perdue, orpheline. Je voudrais encore caresser tes ailes qui se déploieront un jour pour t'emmener vers d'autres cieux. Tes yeux
brillants regardent le soleil derrière la vitre où je ne suis plus. Ils sortent une longue chanson que tu m'interdis désormais. Ma détresse figée, la route sera longue, douloureuse. Aujourd'hui tu
marches au milieu du troupeau, ta nuit s'avance, ne suis pas les autres, tu vas te perdre, j'entends encore ton hurlement. N'aie pas peur, mon ange, de fouler les braises qui t'emmèneront jusqu'à
moi. N'écoute pas l'infect. Retrouve-moi. Il nous reste un bout de chemin à faire ensemble. Exorcise le diable. Qui est en toi. Mon jardin est mort sans toi, la cheminée éteinte, le temps suspendu,
ma tête décapitée de toi. Long sera l'hiver...Je t'attends."
Désolation. La femme, un mois plus tard, retrouve son fils lors d'un concert. Choc devant le regard meurtrier. L'insulte jetée au visage elle se tait. Elle attend, longtemps, à la fin, et va le
retrouver dans la rue presque déserte. Elle reste blême devant le refus. La haîne au fond des yeux, qui tue, l'insulte encore au-delà de son cadavre déjà. La blessure saigne. Trop profond le sang
cogne dans ses veines déjà mortes. Envahit l'âme meurtrie. Anéantie. Putréfiée. Tuméfiée par l'ignoble au fond du corps qui rejette ses bras tendus. Le droit de réponse gît au fond de la gorge,
muet. Ne peut sortir. Choc. Sans retour possible. Le masque du désespoir transfigure l'inévitable. L'envie de saisir reste pétrifiée. Plus rien que le demi-tour. Noirceur du temps arrêté. La nuit
s'étale et ne peut plus rien. Lui, absence du coeur dans le corps...Pierre froide dure. Perdure... La femme pleure dans son retour les larmes de l'amour et celles de la haine pour l'Autre. Elle.
Dévastée. Coeur trop plein et si vide de lui. L'enfant tue la mère morte. Ses pas avancent seuls, elle n'existe plus. Et son fantôme rentre. Blessé. Mort.
L'ultime page des souffrances est-elle tournée ?
Les années s'effacent...Peu à peu.
La femme est morte un jour. Le douze juillet 2005.
Une autre femme est née. Qui découvre comme pour la première fois l'émotion...la sensation...le désir...l'existence...
Dans désespoir....il y a....des espoirs...
Maintenant elle sait.
L'ultime page des souffrances n'est jamais tournée, le temps, seul, tourne.
la femme a traversé plusieurs fois le vide, le néant, en est revenue, comme d'autres dans le coma ont vu la mort les appeler comme une lumière au bout du tunnel mais sont revenus à la vie.
La femme pensait le néant comme terme de toutes ses souffrances. Le néant étant une absence d'existence ou une présence d'inexistence.
Oui le néant existe, mais cette existence fait exister autre chose que le néant, ce qui donne l'espace et le temps.
Le pur néant au sens de pur inexistant n'existe pas. Il est toujours cassé par une existence : celle de rien ou celle de quelque chose d'autre que rien.
L'existence de rien, le maelström de la femme.
Et le quelque chose d'autre que rien, la naissance de la femme.
La femme est simplement morte car sa dépression l'a entraînée dans le gouffre, le vide...Elle ne pouvait pas voir un néant, elle ne pouvait pas identifier un vide. Elle ne pouvait que
se le représenter. Elle ne saurait imaginer un néant, sans s’apercevoir, au moins confusément, qu’elle l’imagine. Sa volonté de mort mêlée au désir inconscient de survie ou de vie a fait ce qu'elle
est devenue.
La femme est née quand, après avoir rompu les chaînes de l'aliénation, elle a franchi le pas.
Non loin, le poète avait compris et l'attendait.
La néantisation est le pouvoir propre de la liberté.
Texte protégé
Par Mélancholia
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Publié dans : Journal intime
86
Dimanche 16 mars 2008
7
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/2008
16:06
La femme tombe très vite amoureuse de Toi. Elle a 19 ans . Abandonne sa deuxième année de BTS pour être plus près de Toi.
Tu l'avais rencontrée quelques mois auparavant et son image Te hantait. Tu parcours deux cents kilomètres pour la retrouver. Prolonger Ton rêve, une fascination.
A genoux devant ses longs cheveux, ses yeux profonds, sa juvénilité, sa façon de faire l'amour.
Le regard de la femme ne voit plus que Toi. Elle est déjà marquée au fer rouge. Ta marginalité, Ton style de vie court déjà dans ses veines. L'admiration habite le corps. La trace aveugle éblouit
et se tend pour dire le choix non possible, la peau ouverte se referme sur Toi.
Elle te rejoint dans la ferme, où l'on élève des poussins, des canards, on construit une mare. On bêche un grand carré de jardin pour planter des légumes. Un couple travaille le cuir et vend sur
les marchés.
Et il y a cet homme, sorti de prison récemment qui, après avoir braqué une banque, lors d'un banal contrôle routier et son coffre empli de billets encore, a voulu tirer sur les flics.
Dans la ferme, dedans, dehors, il siffle, il chante. Souvent la même chanson, de Félix Leclerc : "Le petit bonheur". Des moments de bonheurs, oui. Il a trente-trois ans, l'âge de Jésus christ
crucifié sur la croix. La femme connaît la chanson par coeur.
Pourtant la femme ne croit plus en rien. Sauf en Toi. Elle respire Ton souffle, tremble sous Tes caresses, se donne sans limite. Vision claire d'un semblant d'absence au monde. Ton frère rejoint
très vite la ferme, et depuis lui et Toi ne vous quittez plus.
Tu racontes Ton passé à la femme. Tu as sept ans de plus qu'elle. Ta relation avec la première femme que tu as aimée...très tumultueuse. Vierges tous deux elle tombe enceinte dès la première fois.
Elle se fait avorter en Suisse. Un amour fou, durant sept années, ton emprise sur elle et la violence de Ton amour lui fait peur. Elle rompt, mais vous restez amis.
La femme écoute, accepte.
Ton amie dans la peur de cette perte choisie Te rejoint dans cette ferme, de temps à autre. La femme ne comprend pas mais elle accepte, comme une nécessité. Elle sait que ces nuits-là elle doit
laisser sa place et dormir ailleurs. Ne pas pouvoir s'arracher, pas de moyen pour se soustraire. Elle ne dit rien, sourit, elle T'aime. Elle accepte tout de Toi puisqu'elle T'aime.
Sa première erreur. Accepter. Elle ignore encore le naufrage. Simplement ces nuits-là, seule, son corps crispé hurle de douleur. Se déchire. Taire le cri. S'endormir pour oublier.
Texte protégé
Par Mélancholia
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Publié dans : Journal intime
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30
Vendredi 4 avril 2008
5
04
/04
/Avr
/2008
18:56
Pour Te disculper.
Te disculper. Seul cela compte pour Toi.
Ne pas recommencer les erreurs de possession, de folie, d'avant, Tu dis.
Les yeux de la femme dans le vide du fleuve.
Tu proclames.
Tu proclames à la femme, dans quelle langue de la voix, le pus de la liberté,
L'amour en étoiles multiples.
La terre de fidélité clouée dans le cercueil et la femme s' agenouille.
Acquiesce. Dévouée.
Elle ignore encore que son corps ne lui appartient plus.
Dans cette grande ville, elle attend Ton retour, les muscles torturés,
Les yeux dans le vide du fleuve qui coule sous le pont.
Les coudes appuyés sur la rambarde le vent fouette ses cheveux
La question brûle l'abîme intérieur.
L'ombre dans l'eau ne répond pas
Alors la va-nu-pied se donne à l'homme pour combler Ton absence
Pour parer au désarroi sans retour.
Revanche absurde.
Quand Tu reviens elle Te rend la monnaie et Te raconte.
Tu en jouis.
Le dégoût dessèche les lèvres de la femme
La fidélité devient un mot absent de Ton dictionnaire
Que la femme achète, les paupières closes.
Elle ignore la descente aux enfers.
Dans les douches de l'université elle ne dit rien quand Tu la prends par la main
Rejoindre la douche à côté.
Ton ami tout étonné se met à bander sous l'eau qui ruisselle sur son corps.
La parole est éclairée par le silence.
Les mots restent dans les bouches.
Seuls les corps parlent.
Se ressèrent en étau sur la femme.
La pomme de la douche inonde trois corps.
La femme ferme les yeux.
Elle ne sait plus si elle T'aime ou Te déteste.
Soleil, étoiles, où êtes-vous ?
Texte protégé
Par Mélancholia
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Publié dans : Journal intime
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23
Dimanche 22 février 2009
7
22
/02
/Fév
/2009
01:42
A l'intérieur de la ferme perdue dans la campagne la fumée noie les personnages.
Dans la cheminée un grand feu crépite, étouffant les rires fusant ci et là, les chuchotements, les verres qui se remplissent.
Les bouches tirent solennellement sur les joints qui passent de main en main.
La femme sort, vacillante, dans le froid de la nuit.
Elle court dans les prés, au hasard de son ivresse, des tonnes de sentiments fouettant au vent des étoiles dans le ciel.
Dans la profondeur du champ de la nuit taire la suit et se dilue dans l'espace pour ne former que disparaître.
Errer. Seulement errer.
Et se demander pourquoi seul mourir s'intéresse à elle.
Dans le ciel brille ce que penser ne peut plus voir.
Alors errer. Et se demander pourquoi seuls les morts s'intéressent à elle.
Les morts se sont relevés pour ne plus former qu'une ronde blanche autour d'elle.
Elle essaie de fuir ces fantômes qui se raccrochent à elle.
La nuit s'est abattue dans ce désert où la femme ne voit qu'une ronde blanche éclairée par les étoiles que TU ne voies plus.
Sombre nuit qui la mange.
Ce qui s'envole du cimetière d'un frottement ailé traverse impitoyablement la ronde blanche pour conjuguer ce qui lui colle à la peau.
Et elle se demande pourquoi seuls les morts s'intéressent à elle.
Voir dans l'ombre divaguer.
S'échapper. S'échapper. Au loin. Très loin.
Ne plus se demander sera mourir.
La femme vomit.
Sous la tente l'écoute du clapotis et du murmure de la rivière qui s'écoule tout près rassure pour cacher l'effroi.
La sueur des corps après l'amour a réchauffé l'intérieur.
Fugace instant de bonheur auquel la femme se raccroche.
Elle a 19 ans.
On entend les poissons sauter dans l'eau.
Texte protégé
Par Mélancholia
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13
Jeudi 26 février 2009
4
26
/02
/Fév
/2009
22:25
Il y a très longtemps , la fuite . C'était avant le consentement . Quelque-chose d'indicible . Peut-être une dernière volonté, une énergie
qui la pousse vers la vie . La femme te quitte, tu sens déjà mauvais, elle ne le sait pas encore, juste une sensation . Le paysage file à tout allure, kilomètre après kilomètre . Puis la mer .
Apaisante . La femme se laisse bercer par les flots . Elle est trop jeune pour mourir . Elle regarde au travers des hublots les étoiles qui scintillent et se miroitent dans la mer . Les gens
dorment . Dans des fauteuils bien confortables . Certains à même le sol, dans des sacs de couchage . Parfois un léger ronflement rompt le silence . Le bodhisattva règne à l'intérieur de la femme .
Elle ne le sait pas .
La femme marche longuement dans les rues de Londres, se mêlant à la foule joyeuse . Les magasins rient aussi . Le soleil de ce mois de juin caresse la peau . Le soir elle se restaure dans les pubs
enfumés et accueillants, la bière coule à flots parmi les concerts . Elle est simplement là, assise sur une chaise . Elle écoute . Et elle sourit .
Tard dans la nuit elle repart . Longeant les rues calmes et endormies de Londres . Il n'a jamais plu à Londres .
Pourquoi la brusque décision du billet de retour ?
Le billet de retour dans la gare maudite signe son arrêt de mort .
Elle a seulement 20 ans .
Paris - Gare de Lyon - Puis Toulouse .
Comment l'as-tu retrouvée ? Trou noir dans la mémoire de la femme .
Simplement le théâtre commence . Scène après scène . TOI le réalisateur, la femme l'actrice . Seulement tu joues le premier rôle, la dictature du despote . Scène après scène . Au commencement le
jeu . Pas de Je . Alors jouer et jouet . Mise en scène . Pas saine . Obéir à la consigne, connivence conjurée . Sinon . Si non . Rien . Ce fut le oui .
Surtout ne pas se demander pourquoi . Pour quoi . Pour qui .
La femme alors joue . Pas comme TOI . Peut-être pour interrompre le jeu . Tu ne supportes pas . Ton hurlement . Ta main meurtrière agrippe son chemisier d'une force inouïe . La femme traverse la
vitre la main en avant . Et la main tranchée par l'éclat de la vitre brisée . La femme regarde étonnée le sang couler de sa main, puis le long du bras . Par terre, une flaque rouge . Des cris . On
l'emmène aux urgences se faire recoudre . Et la banquette de la voiture couverte de sang . La femme n'est plus qu'un organe mutilé . La beauté anéantie accepte le choix de ton désir . L'invite du
gouffre effroyablement béant .
La nuit le même cauchemar reprend ses formes : toujours la même route grise interminable sous un soleil écrasant . la femme sait ce qui va se passer . Le retour en arrière est impossible et la
route soudain s'affaisse laissant apparaître le trou noir béant . Le long cri d'épouvante s'achève au réveil ruisselant . Fuir le lit pour taire le cauchemar et déambuler les yeux grands ouverts,
des heures durant sous la lumière du lustre qui n'arrive pas à réchauffer le corps glacé .
Tu l'offres aux hommes . Aux femmes . Des mains froides . Des mains chaudes . Des bouches . Avec des langues . Partout sur le corps figé .
La femme écoute la musique qui accompagne le carnaval . Elle regarde aussi les longues flammes léchant la cheminée pendant le huis clos . Le bal masqué prend forme . Des tas de chairs humaines
jonchent le sol. On entend les râles, les gémissements, les cris de plaisir . Et le goût du vomi dans la gorge, la femme étouffe sa plainte . Puis on dit au-revoir, c'était bien .
TOI tu exultes .
La femme conduit toujours . A l'aller comme au retour .
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Vendredi 27 février 2009
5
27
/02
/Fév
/2009
23:30
La tête de la femme cogne et cogne contre le mur de ses lamentations - Est-elle prisonnière?
Enfermée - renfermée - refermée -
Isolée dans le camp de concentration qu'elle s'est forgé - Par TOI -
Seule - abandonnée - exilée -
Elle s'égare dans le dédale qu'elle a choisi - pour TOI -
Labyrinthe sans fin - inextirpable -
L'horloge du temps s'est arrêtée -
Les bras coupés - arrachés - elle avance - recule -
Pour voir ses traces qui n'apparaîssent pas -
Affolée - La haine au creux de la poitrine -
Le corps ductile lacéré par les barbelés qui l'écorchent à vif -
Elle bute - titube - rebute -
Son corps s'affaisse - se mord - se meurt - sa mort veut -
Se retire - s'étend - s'étire - se distend - se tord -
La femme tourne en rond dans le carré de sa folie circulaire -
Son corps meurtri - file - s'effile - se faufile - s'éfaufile - s'effiloche -
Flash-back - le fou face à la reine ne peut - ne doit -
La tour s'effondre - Le cavalier est seul -
Le sésame ne s'ouvre pas - le néant autour -
Elle voudrait s'échapper - de quoi - de qui - qui l'enferme?
Des larmes telles des pierres jaillissent de ses orbites -
Sans qu'aucune main ne puisse les cueillir ou les sécher -
Car elle est seule - la femme - esclave enchaînée - aliénée -
Nulle porte de sortie - Sortir où ? Où se trouve la porte de sortie ?
La femme devient son propre fantôme -
Elle disparaît - n'existe plus -
TU EXULTES -
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15
Dimanche 15 mars 2009
7
15
/03
/Mars
/2009
23:27
22 heures.
La femme allongée sur le lit attend le sommeil.
Soirée normale . Après une journée normale. Un moment normal . Dans un monde normal .
La femme sent qu'il va se passer quelque chose - Ce n'est pas normal - Rien n'est normal. Vivre dans le normal qui n'est pas normal - NON !
Peut-être vivre dans l'anormal qui serait normal ?...
Le vecteur nul est le seul à avoir une norme nulle. La femme se rappelle. La norme de la somme de deux vecteurs est inférieure ou égale à la somme de leurs normes.
La norme du produit d'un vecteur par un nombre est égale au produit de sa norme par ce nombre.
Arrêter le délire - Stop -
Délire pour fuir la réalité. Réalité convenue par soumission. La chaleur est écrasante. l'été est pesant cette année. Corps moite. La fenêtre est ouverte mais l'on ne sent pas d'air. La femme
étouffe. On sent l'odeur des figues du dehors séchant à terre. Les chats sont ailleurs. Ils manquent. Les chats manquent.
La femme voudrait dormir mais elle sent qu'il se passe quelque chose.
L'étrange flotte dans l'air. Invisible. Indicible. Lutter. Crier. Nier. Repousser. Quoi ? Qui ?
Le choix. Il n'y a aucun choix possible. Pas de choix. Dormir. Fermer les yeux et pouvoir dormir. Oui, pouvoir dormir.
Mais TU es assis sur la chaise. Devant le bureau en bois. Face au téléphone.
TU feuillettes les pages une à une, les yeux concupiscents.
NON - NON ! Viens dormir... Il est l'heure de dormir n'est-ce pas ?
Le temps passe et les gens se couchent maintenant mon amour...
Il faut dormir !
NON ! Cri triomphant...Tu as trouvé. Dans les pages un numéro de téléphone.
TOI qui ne réponds jamais au téléphone. TOI qui ne téléphones jamais.
Quelle est cette main qui compose le numéro ?
La femme s'arrête de respirer. Ecoute. Les yeux clos.
TU donnes le numéro pour que l'on te rappelle. Cela fait partie du jeu. TON jeu.
Palabres dans le brouillard autour de la femme. TU reposes le combiné. Satisfait. Les consignes sont établies.
Le temps de l'arrivée, la femme devra être prête. Allongée sur le lit.
Nue.
A plat ventre. Offerte. Sans voir qui arrive. La tête enfouie dans l'oreiller. Sans savoir qui est qui. Et. Sentir la présence étrangère. Inconnue.
Une bouche sur les épaules. Etrangère. Inconnue.
Un sexe dur étranger. Inconnu.
Qui fouille son corps jusqu'au plus profond. Qui jouit. L'inconnu.
Enfin la femme respire. Etrangère à elle-même. Taisant la honte.
Taisant la honte et la haine qui l'étouffent. TOI. Le diable.
Elle. Asservie.
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Par Mélancholia
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Mardi 24 mars 2009
2
24
/03
/Mars
/2009
00:09
La femme n'aurait pas voulu grandir ainsi ...
Alors elle se réfugiait dans les bribes de son enfance, très loin dans ce pays chaud .
La poussette roulait ... Il y avait aussi ce petit chausson qui s'était perdu, qui avait disparu dans le néant du chemin cahoteux, et malgré les retours et détours le chausson qui laissait le petit
pied froid resta introuvable ...
Le bébé avait déjà froid aux pieds .
Et le doigt coupé en deux par la porte claquée brusquement : un courant d'air . Du sang partout . La clinique en face . Le retour de la maman pour récupérer le bout du doigt qui était resté à terre
. Et le masque posé sur la figure de la petite fille qui n'a pas eu le temps de compter jusqu'à trois pour s'endormir .
Cependant plus tard la petite poupée l'obsédait . La petite poupée aux cheveux longs qu'elle coiffait, recoiffait, interminablement . Elle jouait à la vraie maman et la serrait très fort sur son
petit coeur . C'est elle qui l'avait choisie, elle était noire la petite poupée, elle était belle . La poupée s'appelait "Noëlle" parce que 25 décembre d'une année lointaine .
Le sapin n'existait pas pourtant dans la maison . Le sapin que la petite fille inventait . Seules quelques guirlandes ornaient le philodendron aux immenses feuilles, immobile au coin de la pièce
.
Les guirlandes ne clignotaient pas, comme absentes, simplement scintillantes .
Si peu .
Tous les dimanches la famille et les amis partaient pique-niquer dans la grande forêt d'Azrou, la forêt d'Azrou au sein de laquelle les singes, du bébé au grand-père, faisaient le tour de la ronde,
guettant par ci par là quelques morceaux de pain, de friandises, de mandarines . Un bonheur . Pour la petite fille .
Dans une grande bâtisse, non loin de cette forêt, les tapis marocains étaient tissés ... Inlassablement, par des femmes expertes et concentrées .
Tapis éblouissants, en laines multicolores, hypnotisaient les yeux éblouis de l'enfant . Cela gravé à jamais dans la mémoire .
La forêt fleurait bon l'eucalyptus .
Et la neige tombait, parfois, en hiver . Vacances scolaires inoubliables .
La main caressait les stalagtites le long du ruisseau gelé . L'appareil de l'enfant photographiait ces souvenirs inoubliables ... La prairie blanche . Les lunettes d'Alain, qui riait, la grande
maison aux chambres multiples prêtée pour la circonstance aux enseignants français . La grande maison dans laquelle le champagne coulait à flot au nouvel an . Les grandes personnes buvaient et les
enfants finissaient les coupes, en cachette . Même que le petit frère d'Alain, qui avait quatre ans, avait copié, et complètement saoûl ne savait plus ce qu'il faisait ! Les grandes personnes n'ont
jamais compris ... ni su .
Pendant que les parents faisaient la fête, les deux garnements en profitaient pour faire des blagues et des farces succulentes .
Les lits en porte-feuille qui faisaient hurler le père pressé de dormir alors que la mère riait . Et l'on entendait le père qui criait : "tu as fini de rire comme une clé à molette ?" L'on
n'a jamais compris cette question ...
Aussi le bol de chocolat chaud fumant, le matin, avec des morceaux de pain trempé . Avant d'aller au lycée . Ne pas partir le ventre vide ...
Le petit tableau noir . Des mots en français et des mots en arabe . Lors de l'absence des parents la jeune fille apprenait le français à Zhora, "la bonne", et Zhora apprenait le marocain à l'enfant
. Quelle rigolade ! Complicité émouvante liait plus tard la jeune fille et Zhora qui faisait sortir par la fenêtre celle qui était punie .
Le croissant de la boulangerie, au bout du trottoir interminable, qui l'attendait . Chaque jeudi . La main dans celle de la mère . Le baiser sur la main de la mère "Je t'aime maman" . La main que
la mère rejette violemment, disant que cela ne se fait pas dans la rue . Déjà la petite fille retenait ses larmes . Soumise . L'adulte a raison . Toujours raison .
Mais les jolis livres offerts en cadeau lors des bonnes notes ... Bonheur qui faisait oublier le reste .
Et les cheveux longs de l'enfant qu'Alain, l'ami d'enfance de toujours encore et maintenant, coiffait et recoiffait, langoureusement, comme pour ... Le lit partagé dans lequel tous les secrets
inavouables se racontaient au milieu de la nuit, à voix basse, chuchotements ... Personne ne devait entendre .
Les enfants tout heureux faisaient des ricochets avec des petits cailloux plats dans la rivière . Tandis que les parents gravissaient le chemin de la côte qui serpentait au-dessus . Le caillou de
la petite fille, mal lancé, qui heurta par malheur la nuque de la mère . Et la mère qui s'évanouit .
Est-ce depuis cet instant-là aussi que la mère détesta l'enfant ?
La première cigarette aussi se fumait, dans la cave de l'immeuble . En cachette . Avec Cathy . La meilleure amie .
Les premières amours réchauffaient ou brûlaient les petits coeurs ...
La petite fille grandissait et les premières chaussures à talons habillaient fièrement ses petits pieds fragiles .
Déjà trop fragiles .
La jolie robe jaune enveloppait aussi son petit corps délicat ...
Trop délicat ...
Encore délicat
Toujours délicat .
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Jeudi 26 mars 2009
4
26
/03
/Mars
/2009
00:43
La femme . La femme . La femme...LA FEMME ! Cette femme qui n'est autre que moi . Que je refuse . Que je
réfute . Longtemps pour moi cette "femme" n'était pas moi . Elle a été AUTRE QUE MOI durant des années . J'ai vécu à côté de cette femme . J'ai été l'ombre de cette femme . Alors s'est posé pour
moi le problème de mon identité . Non . IL SE POSE . Et longtemps j'ai refusé cette identité . Maintenant je pense que je suis prête . Cette "femme" était "moi" . Personne d'autre, malheureusement
. Après mon hospitalisation je ne pouvais penser autre chose sur ma vie que celle de cette "femme" qui n'a jamais été moi, mais une femme soumise, terrorifiée, battue, soumise, violée, prostituée .
Oui, je lâche mes mots . Avec le recul j'ai compris, admis, qu'il fallait que j'assume mon existence, mon "être", mon "moi" . Comme dit Rimbaud :"Je est un autre" . La formule est paradoxale et
même, semble-t-il, contradictoire puisqu'elle identifie le sujet, le moi, c'est à dire le pôle d'identité de la personne avec son contraire « un autre », indéfini, et étranger . J'ai tout faux .
Non, j'ai compris et je décide maintenant de parler de "JE" . "La femme" ne sera plus , "JE" est . Mon exutoire : sortir de ce gouffre qui m'empêche de vivre, qui me tue chaque jour à petit feu
mais il me faut à tout prix sortir de cet enfer qui dure et perdure malgré tout . Par moments je m'effondre, mais il est de mon devoir de FEMME de témoigner, de ne pas me réfugier derrière l'image
de "la femme" . Toute la nuit j'y ai pensé et je pense maintenant que je suis prête . Je me répète, suis-je bête...!
Selon Nietzsche : C'est seulement en tant qu'animal social que l'homme a appris à prendre conscience de lui-même . La conscience est apparue d'abord dans des rapports de dépendance et
d'obéissance . Elle est d'abord conscience de l'autre dont elle dépend ; elle apparaît lors que le tout du corps se subordonne à un tout supérieur (par la contrainte d'un Maître) . La
conscience est d'abord conscience de ce tout supérieur auquel elle se subordonne (elle est conscience aliénée) ; elle se développe sous cette modalité chez les esclaves alors que le
maître peut rester dans l'innocence d'une existence purement régie par ses instincts pour ensuite développer une conscience supérieure qui est celle de ses instincts les plus forts .
Le passé est derrière, le futur devant . Les lueurs finales des galeries souterraines s'éloignent . Je ne sais rien . Absolument rien . Je commence à vivre . S'y tenir, tenir bon . Mon histoire est
loin d'être finie .
Je me nourris à présent de lectures, de musique surtout . BRAHMS . Entre autre . Alors vous qui avez lu "La femme", pardonnez (bien que vous ayez compris... je pense) que maintenant je parlerai à
la première personne du singulier - ce mot de "singulier" me paraît étrange - je ne sais pourquoi... mais il fait partie du mouvement, une lumière presque inacceptable mais que je me
dois de rendre .
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Par Mélancholia
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Samedi 28 mars 2009
6
28
/03
/Mars
/2009
01:06
A genoux devant TOI je hurle mon amour pour TOI . Ta confusion t'entraîne dans l'escalade de la
décadence . Et je t'accompagnerai . Je t'aime tellement . T'obéir est ta loi . Amour, peur, tout se mélange . Qui suis-je ? Que suis-je devenue ? Ton amour ? Ton esclave ?
Tu organises par procuration toutes ces rencontres . Soigneusement tu coches les annonces qui t'intéressent, des heures durant . Le protocole se met en place . Je DOIS écrire, répondre, la question
du pourquoi ne m'effleure . TU es mon amour, mon maître, mon tout-puissant . Je ne connais pas la vie mon amour, je sais que je t'aime et je pense que pour te le prouver je DOIS t'accompagner . Tu
m'aimes tant mon amour, Tu as voulu mourir pour moi mon amour, je m'en veux et je DOIS réparer .
Le stylo brûle mes doigts et pourtant le papier ne s'embrase . Noircir le brouillon du cauchemar que je mets au propre . Tu ne réponds jamais au téléphone . Tu agis toujours par procuration . La
procuration Ta défense, Ton refuge, Ton absolution .
Je fixe le téléphone encore muet avec des yeux meurtriers . L'instant sans mot . Avant la sonnerie cruelle . Arracher avec les dents le fil . Apprendre le langage de la fuite . Mais le corps .
Cloué . Tétanisé . Le consentir s'incline . Choix . Pas de choix . Le refus signerait la perte . J'ai signé le pacte de la mort annoncée . La démission s'accroche à tous les angles . Tisse sa toile
. Quand la sonnerie stridente du téléphone retentit je sursaute mais je sais qu'il est trop tard . Faire comme si rien n'arrive, ravaler salive et sueur, ignorer le toucher brûlant du combiné, le
porter à l'oreille de l'assujettissement, entendre la voix, les questions, émettre machinalement les réponses que l'on attendait et qui avaient été bien apprises . Le tour est joué . TU es aux
anges .
Dès lors mon corps livré aux répugnances . Tout en souriant . Le consentement t'absoud . Cela TA jouissance . M'offrir et me partager, assister au rite obscur de la cérémonie sans cesse répétée .
Là . Ou ailleurs . Chairs humaines déployées, à l'horizontale obligée . L'odeur écoeurante des corps nus suant l'amour annonce la vomissure du dégoût qui s'arrête à la gorge . Des heures durant .
Des jours durant .
La satisfaction du devoir accompli me rend puissante . Impuissante . Epuisée .
Sans cesse le ressac.
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Par Mélancholia
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7
Mardi 31 mars 2009
2
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/03
/Mars
/2009
00:14
J'accepte tout, volonté impuissante de retenue, je suis désormais Ta proie. J'étouffe mes larmes d'amour, le
corps recroquevillé sur le lit froid dans la chambre obscure où ne filtre qu'un mince rayonnement de pleine lune à travers le volet fermé. J'écoute mais ne veux entendre les gémissements dans la
chambre voisine. Déjà la torture. Plus tard l'écoulement du ventre qui se vide dans le seau prévu pour. Alors je peux m'endormir. C'est fini.
Le lendemain je souris.
Et TU me chasses de ton lit pour aller dans un autre. J'obéis toujours. Et quand je te suis le lendemain soir j'entend le sifflement et d'un coup le poignard se plante dans la porte que j'ai juste
le temps de refermer sur moi.
J'aurais dû mourir ce soir-là...
Tout abandonner pour Toi, te suivre dans notre perte annoncée - une destinée obscure monte dans le secret des profondeurs et caresse le vide des jours.
Il a fait très chaud cet été-là. On arrosait tous les jours nos plantations de légumes dans le petit jardin près de la ferme. Eric chantait à tue-tête "le petit bonheur", je l'écoutais longtemps,
l'ouïe comblée, c'était il y a trente trois ans. Et il avait trente trois ans...Il ne pouvait conduire une voiture ou une cammionnette sans la mettre dans le fossé. Il me parlait avec l'assurance
d'un aîné, me sentir confiante avec lui atténuait cet amour quasi masochiste que j'éprouvais pour Toi. Sa vie et sa différence parvenait parfois à atténuer le goût amer dans ma gorge.
Aujourd'hui il est mort.
Souvent l'après-midi je courais loin dans le chemin, comme pour me sauver, et je m'allongeais ou plutôt m'effondrais dans l'herbe grasse du pré. Au-dessus de moi, recevoir l'enchantement du bleu
impalpable me donnait l'impression d'exister...Le soleil brûlait ma peau, le corps léger et chaud oubliait la sensation de vide avec la jouissance de ces moments-là. Vivre comme un pré-être sans
parvenir à nommer cet être que j'étais, quelque part dans l'inachevé. La question de l'existence ne peut être réglée que par l'existé lui-même. Exister c'est sentir, être au-delà de soi, une
épreuve, une violence, un pouvoir de choisir entre des contraires, un affrontement, une quête infinie de soi. J'avais choisi. La non-existence.
TOI.
Par Mélancholia
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1
Lundi 6 avril 2009
1
06
/04
/Avr
/2009
00:48
La tête cogne et se penche légèrement de côté. Je Te supplie. Longues
palabres. Recours. Espérance. Mon île est déserte. Je t'aime et suis seule, je t'aime et ne peux plus. Mourir le passé. Déchirer le masque. Le jour me sauve et la nuit me perd. Mon corps brisé ne
laisse rien paraître. Pourquoi ?
Sourire toujours. Pourquoi ? Ne pas s'enfuir. Pourquoi ? Je Te supplie de m'épargner ces corps et ces bouches sombres de ces nuits qui s'accrochent à mes pas.
Ta transaction est le dernier mot. La conversion conjure ma perte.
Ne plus lutter qu'avec le silence.
Me refusant aux autres Tu décides de ne plus me livrer gratuitement.
La sentance tombe et le rideau se lève sur la scène. Les trois coups ont cogné sourdement. L'autre spectacle commence. Sous une autre direction.
Le directeur, lui, ne change pas : mais moi je deviens Ta pute préférée qui fera courber l'échine et vider les comptes en banque. Taire mes cris et obéir sans savoir pourquoi. Savoir simplement que
je t'aime tout en ayant peur de toi. Peur de toi. Peur de toi. Devenir poupée désarticulée, poupée de chiffons, poupée inconsciente, m'enlise dans Tes sables mouvants.
Vagues de vertige et mordre la langue jusqu'au sang, la peur au ventre.
Tu as tout préparé : la boîte postale, les horaires de téléphone pour les rendez-vous, les annonces d'hommes d'affaires. Les phrases à écrire.
Ne plus qu'exécuter. Clouée dans mon sol. Pétrifiée sans même penser à fuir ! Séance qui tourne. J'ai froid.
Toi Tu jouis.
Les hommes me désirent alors. Les hommes d'affaires, les chefs d'entreprises, les notables. Je. Moi. Au corps gracile, longs cheveux tombant sur les reins. La cuisse ferme. La cheville fine cerclée
d'une chaînette argentée. La lèvre charnue, les yeux profonds, souvent rieurs, comme absents. Mystérieux. Mes seins menus évoquent l'image de la femme encore enfant. L'enfant que Tu détruis.
J'accomplis le devoir.
Toujours le même. Elève bien sage toujours prête. Qui ne se pose plus de questions, ce sont les questions qui m'en posent. Fracas assourdissant dans ma tête, un cri, un cri muet, comme si j'avais
crié.
J'ai 23 ans. Je T'aime. TU es mon Dieu.
Parfois Tu me suivras. Parfois Tu m'accompagneras. Parfois Tu participeras. parfois me laisser seule à mon sort.
Cela Ta jouissance. Cela Ta folie. Ta folie qui m'enveloppe toute entière.
Tu enfonces chaque fois un peu plus profond dans mes veines l'aiguille
de la soumission.
Et. Et. Et. Souvenir d'Alice au pays des merveilles. Les mots de lewis carroll : "Plus bas, encore plus bas, toujours plus bas. Est-ce que cette chute ne finira jamais ?"
Je suis absente de mon propre corps.
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Par Mélancholia
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2
Mardi 7 avril 2009
2
07
/04
/Avr
/2009
01:46
Le coeur battant je suis l'homme dans la chambre obscure, sans âme, qui fut certainement le témoin secret de tant de scènes inavouées ou inavouables. Sans mot j'enlève ma robe et la pose
délicatement sur la chaise. Mon string près du sac, sur la petite table en bois. J'ôte mes talons. L'homme pose discrètement les billets sous le sac. Maintenant je suis à lui. Mon corps lui
appartient. Il ignore en vérité que je suis ailleurs, très loin de lui, le flou déjà. Tuer le temps d'ici là. Sortir du décor.
Je déambule dans les rues...regarde les vitrines bien décorées des magasins. Dresser mentalement la liste des courses à faire pour le repas du soir. Réfléchir à plusieurs recettes pour cela.
Lasagnes ou... gratin dauphinois ? Hésiter. Puis soudain je me retrouve dans un grand pré à l'orée d'un petit bois, parsemé de boutons d'or. Courir à perdre haleine. Le vent fouettant le corps, mon
corps moite brûlé par le soleil cuisant, collant la robe à la peau, longs cheveux crinière dorée au vent. Gazouillis des oiseaux. Longues ailes déployées d'une buse qui semble me regarder et
tournoie autour de moi, haut dans le ciel. Ouvrir des portes sans battant et rejoindre la beauté qui fait signe. Le murmure de la rivière. Plein les oreilles. Un flot de musique s'en échappe et
m'invite. Se jeter dans l'eau glacée n'est que pure merveille. Enchantement d'être seule au monde si ce n'est entourée d'une multitude de poissons dansant une folle farandole autour de moi et
venant humer mon corps, le frôlant timidement. Ils n'ont pas peur, essaient de m'apprivoiser. N'oser bouger...
Pendant ce temps bouche ouverte, haletant, le corps dressé, l'homme. Il s'enfonce dans ma chair. Mains agrippées à ma chevelure. Incessant va-et-vient dans la blessure ouverte. Il s'immobilise. Il
est trop tôt. Silence. Yeux fermés. L'homme savoure sa puissance. Le balancement du corps reprend. Lentement. Il y a une voiture qui freine brutalement, j'ai peur, sûrement un chat a dû traverser
la route, pourvu que...
De grosses gouttes de sueur aigre tombent sur mon visage. Se retenir de vomir. Détourner la tête. Ne pas sentir ce souffle chaud, respiration bruyante. Ecoeurement. Laisser le corps tressaillir à
chaque mouvement de l'homme. Ne pas m'embrasser. Vouloir ma bouche intacte.
Je pense à M. face à son contrôle de grammaire. Elle avait bien révisé la veille, oui elle aura une bonne note. Elle est première de sa classe. Il pleut dehors. La pluie tape fort contre les volets
fermés. Pourvu que S. n'ait pas une otite. Il est fragile. Il a souvent des otites, c'est tellement douloureux. Il faut qu'il pense à mettre sa capuche pendant la récréation. Mais il est tellement
tête en l'air...Il vit sur son nuage. Comme moi. Je songe au nombre de fois qu'il s'est perdu au marché. Lui tenir la main, toujours, bien fermement. Enfant, moi aussi me perdais toujours dans la
foule. Une fois les gendarmes m'avaient cherchée jusque tard dans la nuit. Toute la ville s'était mobilisée. On m'a retrouvée à 23 heures au bout de la ville, près du cinéma Caméra. J'avais huit
ans. Mes parents heureux ne m'avaient pas grondée. L'homme pousse des cris sauvages. Il continue de labourer ma chair. Il s'essouffle. Il s'époumonne. Il veut que je crie. La tempête fait rage à
présent au-dehors. La mer doit être furieuse. De grosses vagues frappent sûrement les maisons trop près de la plage. Et s'il y avait une inondation ? Cela arrivait souvent. Penser aux enfants à
récupérer à la sortie de l'école mais si les routes sont coupées...Le corps de l'homme pèse. Lourd. M'écrase. Va-et-vient saccadé. De plus en plus brutal. Et le long cri de jouissance s'échappe de
la bouche baveuse. L'homme est heureux. Je pense à une sangsue. Ce sont de drôles de bêtes tout de même...
Me lever, allumer une cigarette et aller me laver.
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Par Mélancholia
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3
Jeudi 9 avril 2009
4
09
/04
/Avr
/2009
03:41
Ne plus pouvoir dire non . Plus le droit de dire non . Trop tard . Une fois de
plus je consens . Comme un aveugle se laisse guider par son chien . Ton pouvoir destructeur . Les mains crispées sur le volant je regarde fixement la route . Le paysage file . Peut-être est-il beau
. Non . Une panne de voiture . Non . Même pas un pneu crevé . non . Tout paraît fonctionner à merveille . TOI à mes côtés, Tu parles, Tu racontes, Tu imagines, Tu bandes . Arrêter le temps . Faire
demi-tour . Ouvrir la portière et T'éjecter sur la route . Non . La marionnette est emprisonnée dans ses fils . Déjà la voiture pénètre dans les rues chaudes de la ville . Mon corps commence à
transpirer . De chaleur . Ou de ... Sans doute les deux à la fois .
Traverser cette ville accentue la terreur de mon ventre . Le but presque atteint . La série de ronds-points . Crissements de pneus . Klaxons . Ne même pas pouvoir foncer dans un platane . Pas de
platane dans la ville . TOI sentant le but proche Tu frétilles déjà sur ton siège, Ton excitation à l'extrème . Tu remues la queue comme le chien qui attend les morceaux de viande qu'on lui prépare
. Je serre les dents . Mâchoires bloquées .
La voiture s'arrête à la place de parking qui l'attend, derrière le motel . Reconnaissance . Présentations . Entrée furtive dans le long corridor menant à la chambre . Mortelle randonnée . Le corps
vide, paralysé, ne pas regarder ce qui est au bout de la laisse . Trop tard pour fuir le naufrage . Avancer . Telle est la règle . La porte s'ouvre . La pièce paraît froide . Misérable . Les murs
blancs . Le froid . Deux petits lits côte à côte, verts . Dans le coin une petite table avec une chaise . Un cendrier . Je pourrai fumer . De grands rideaux verts cachent la lumière du dehors . Le
vert tranche sur le blanc . Je comprends que c'est moi qui ai froid tout d'un coup . Et pourtant je sue . Une sueur froide . Sentir maintenant des mains qui touchent mon corps, le palpent, le
caressent, le pétrissent. Sans un mot on me déshabille . Nul son ne sort de ma bouche, seul un petit souffle saccadé de mes narines dilatées . L'attente . Le dégoût . Cri muet .
Soudain la peur . Comme le trac de l'actrice que je suis, que TU veux que je sois . Entendre haleter . Des mains continuent de tripoter mon corps nu . Sentir des bouches, des langues, lécher
partout . Tétanisée je reste plantée là .
Fuir . Fuir . Où ? Il est trop tard . J'aurais préférée être giflée et mise à la porte à coups de pieds, pour éviter l'humiliation qui m'attend . Complète soumission de la femme amoureuse . Voilà
ce que je suis devenue . L'esclave de ma propre chair . Vivre la torture du corps ou de l'esprit, ou les deux .
Sentir tout d'un coup qu'on me pousse vers le lit . A genoux . Le corps en avant soutenu par les deux bras dont les mains agrippent violemment les draps . Alors un long cri d'épouvante qu'on croit
de plaisir s'échappe de ma gorge sèche lorsque je sens sur ma peau les griffes qui me labourent le dos et le sexe de l'animal qui viole sauvagement par saccades le mien, qui sort, me manque . La
douleur me coupe le souffle et sentir à nouveau très vite le sexe, tel un poignard, me pénétrer à nouveau . Brutalement . Vomir . Mourir . Ne plus consentir l'enfer .
Enfin on arrache l'animal qui en veut encore . Je m'affale sur le lit .
Ce qui se passa ensuite fut le trou noir . Savoir seulement que mon amour pour TOI me fais Te haïr encore plus .
TOI le diable . Je T'appartiens .
Jusqu'à l'os .
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Par Mélancholia
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Publié dans : Journal intime
4
Vendredi 10 avril 2009
5
10
/04
/Avr
/2009
01:49
Cigarette pour brûler la désespérance. La désespérance noie l'ivresse de la pierre plate dans l'eau profonde de la rivière. Maintenant disparue. Disparition. Une
ombre. Seule une ombre. Je est une ombre.
Au seuil du supportable. Ne pas même se rendre compte de cette façon de vivre démentielle.
Ne plus être moi. Je n'est plus moi. Un corps enveloppe ce moi, ce moi quelque part entre l'espace et le temps, hors d'atteinte. Boire l'ivresse. Seule l'ivresse et disparaître. La non-existence,
seule la solution.
La solution résulte de l'horreur déjà.
Puis. Mon ventre s'arrondit. Comme un retour. Le retour du printemps.
Ma main caresse doucement le petit ventre rond. Le petit ventre rond mon seul espoir.
Qui bouge en-dedans. Petit ventre rond se met à onduler, ça bouge dedans, ça vibre, ça remue.
Petits coups de pieds de bonheur. Les seuls. Seule avec mon petit ventre rond je te regarde aimer l'autre.
La canadienne arrivée peu avant en stop, après avoir fait le tour de l'Europe. Quelqu'un l'a déposée chez nous.
Ne pas se demander pourquoi. Pleine de vie elle rit, peint, et surtout est attirée par Toi, peut-être un désir : "mais pourquoi cette femme est avec cet homme " et Ton orgueil, Ton éternel orgueil,
Ton besoin de briller et d'étonner le monde par des mérites que Tu n'as pas, Toi qui ne possèdes que moi pour assouvir Ta perversion, Te rend euphorique !
Petit homme, enfin Tu comptes aux yeux d'une autre ! Tout cela bien sûr jamais dit clairement au début, mais suggéré par des allusions, ses jambes sous la table frôlant les Tiennes, des regards
insistants, des sourires en coin. Tu fonds. Tu veux la posséder, Tu sais qu'elle n'attend que ça, et Tu me supplies d'être Ta complice.
Oui mon amour, je sais qu'elle doit venir à 15 heures, donc j'irai boire un café bien brûlant chez E. pour que Tu sois seul enfin avec elle.
Oui mon amour je ne tarderai pas à revenir car Tu as peur, Tu veux que je vous rejoigne dans la chambre car Tu n'as jamais réussi à bander avec une autre et Tu as le trouillomètre à zéro, Tu n'as
jamais réussi à bander que lors j'étais à tes côtés ! Elle est restée trois semaines à la maison. Pour les vendanges. La révolte succombe à la lumière du vide.
Taire. Se taire. Et continuer de sourire. Tout accepter.
Mais. Les petits pieds confortent. Les étoiles crèvent la nuit que les petits pieds apaisent.
Survivance contre désespérance. Vie contre Mort. Petite vie bat dans le ventre qui grossit.
Lutte contre Toi. Se bat contre Toi. Mon ventre alors ma fierté. Je ne suis plus seule. Je suis deux.
Face à Toi. Petite lueur brille au fond du ventre. Se raccrocher à cela. Ne pas sombrer alors.
Longtemps longtemps je fais glisser le savon autour de mon ventre rond. Amour en dedans. Seul l'amour du dedans. Rendre propre Ta salissure n'a de cesse cela.
Le savon glisse...contourne...caresse...lentement remonte jusqu'aux seins gonflés. Les mamelons pointent.
Je. Les yeux clos. Vibre. Corps baigné de douceur savonneuse. Petit coeur bat au creux de mes entrailles.
Mes mains redescendent caresser tendrement la rondeur du ventre. S'immobilisent soudain à l'endroit où le petit ventre ondule. NON ... je ne rêve pas. Petit amour en moi. Alors vivre. Survivre
sûrement.
La main tourne le robinet. L'eau inonde mon corps. Longs cheveux plaqués le long de la peau bouchent les oreilles. Je n'entends rien. Je ne vois rien. Mes lèvres entrouvertes goûtent l'eau qui
ruisselle. Le savon a disparu. S'est mêlé à l'eau du bac. Ne plus savoir le temps qui s'écoule avec l'eau. Le temps fouette mon corps avec l'eau.
Le corps. Statue clouée au sol. Ne peut bouger. Ne peut partir.
Sentir encore et encore l'eau tiède sur le corps froid.
Laver l'horreur du dehors. Encore et encore. Eternellement. Laver le corps jusqu'à disparaître.
Dans le corps deux coeurs battent.
Par Mélancholia
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Publié dans : Journal intime
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